La justice viking - Honneur et loi

Publié par le

La justice viking - Honneur et loi

Réputés pour être des pirates assoiffés de sang, les vikings étaient, chez eux, soumis à la prééminence du droit, de l'honneur et de la justice.

 Au cours des siècles, s'imposa l'image de guerriers vikings terrifiants, violents, débarquant de leurs effrayants drakkars, pour piler les villages, tuer sans pitié et vider les lieux saints de leur biens précieux. Ils étaient, aux yeux de leurs victimes, des sauvages qui ne semblaient gouvernés que par leur appétit pour le combat, l'or et les terres.

Cependant, au delà de cette image, il y a une histoire bien différente: ils composaient une société structurée, clanique, démocratique et avaient un souci d'équité et de justice. Les châtiments pouvaient être très disproportionnés (le simple fait de traiter quelqu'un de lâche pouvait vous mener au combat à mort). Mais les vikings avaient un système judiciaire fondé sur des assemblées saisonnières, rassemblant les hommes libres et dans lesquelles les décisions d'intérêt général étaient prises. Nous employons le terme vikings de manière très générale mais il serait faux de penser qu'il s'agissait d'un même groupe originaire d'un endroit précis. A l'ère viking, comme encore aujourd'hui, la Scandinavie était un regroupement complexe de contrées. Chacune d'elle possédait son propre roi, sa culture et une ambition différente. Et chaque royaume pouvait être lui même divisé en clans.

A l'intérieur de chaque royaume, même au sein de chacun d'eux, la règle n'était pas l'unité: ils étaient confrontés à des clans féodaux.

Le besoin de lois et d'un système judicaire applicable s'avérait essentiel. Un société constituée de fermiers et de soldats, souvent dispersés à travers de très vastes étendues, devait avoir une certaine unité et discipline.

Au cours de l'ère viking, il y avait ce qu'on appelait le "thing": une sorte d'assemblée publique qui offrait à tous les hommes libres la possibilité de prendre la parole pour régler les litiges. De nouvelles lois étaient décidées lors du "althing", évènement annuel au cours duquel toute la population pouvait s'exprimer sur des sujets tels que : les taxes, le choix et le maintient du roi et même les accords de paix. L'"althing" était également l'occasion d'échanges commerciaux entre des groupes installés loin les uns des autres. Il se peut que les conflits les plus graves aient été réglés lors de l"althing" tandis que les délits étaient plutôt jugés localement par un "thing".Ces assemblées étaient compétentes pour juger les problèmes d'ordre foncier et les affaires conjugales mais peut être aussi les cas de meurtres.

Les karls, les Jarls et les Thralls

Dans la plupart des communautés, le chef d'un clan, ou même parfois le roi, présidait le "thing". Ce n'était toutefois pas toujours le cas. 

La société viking était assez simple. Elle était divisée en 3 ordre: Les karls (les hommes libres), les jarls, situés en haut de l'échelle sociale (chef militaire, noble, rois) et les thralls (les esclaves, les étrangers capturés lors des raids).

Chaque année au cour du thing, les hommes libres faisaient entendre leurs voix. La présence à ces assemblées était un devoir mais elle était facultative pour les femmes. On dit qu'il en était ainsi pour une raison purement pratique: quelqu'un devait pendant ces assemblées, s'occuper de la maison. En tout cas, cela laisse supposer que les hommes devaient s'occuper des affaires publiques tandis que la sphère domestique était plus réservée aux femmes.

Lors d'un litige, siégeant en jury majoritairement masculin, les karls écoutaient les deux parties, avec le plaignant et son témoignage, l'accusé et les témoins concernés. Si les hommes libres pouvaient être souvent influencés par le chef de l'assemblée (qui prennait souvent en compte ses intérêts personnels), ils étaient également conseillés et guidés par le laghman, littéralement "celui qui dit la loi".

Dans une culture ou l'écriture se limitait aux symboles runiques, les lois élaborées, les décisions prises et les verdicts rendus lors de chaque "thing" étaient confiés à la mémoire de ce laghman. Il guidait en effet le jury, recitant les lois et rappelant la jurisprudence des litiges similaires. Il n'était toutefois pas un avocat: il se devait d'être objectif. Il revenait aux parties concernées d'intenter une action en justice et de se défendre elle même. Il était élu par l'"althing" et mandaté pour 3 ans. Des archives évoquent des témoins prêtant serment comme on le fait aujourd'hui, mais sur une bague maculée de sang. Ils étaient ainsi, aux yeux de la communauté et des dieux liés par l'honneur. D'après certains, cela avait un lien avec Ull, le dieu de la chasse et de l'hiver, qui, à l'instar du dieu Tyr représentait le droit ou le serment.

A l'âge des vikings le parjure était grave et ceux qui en furent accusés étaient jugés par ordalie. Par exemple, un témoin accusé de mensonge devait construire un porche vouté, si l'on pouvait passer en dessous sans qu'il ne s'effondre, il était innocent parce que les dieux leur avaient souri. Ces ordalies pouvaient être beaucoup plus difficiles, comme marcher sur du charbon brûlant, porter des pierres chauffées, ou plonger ses mains dans de l'eau bouillante pour en sortir du fer brûlant.

Le thing devait également faire face au risque de manipulation du jury, les clans puissants pouvaient soudoyer les Karls ou les menacer pour influencer leurs votes. Il arrivait parfois que cela soit plus insidieux; Les karls pouvaient être plus favorable aux clans auxquels ils avaient prêté allégeances ou ils pouvaient avoir des préjugés envers des ennemis jurés.

Le procès s'achevait par un vote à l'unanimité. Le chef de clan en tenait compte à son tour se prononcer. Toutefois, l'une des différences majeures avec aujourd'hui est que ce n'était pas à l'assemblée, qui pourtant statuait et prononçait une condamnation, que revenait la responsabilité de son exécution: C'était à la famille du plaignant de s'en charger et cela pouvait prendre différentes formes. Un débat démocratique avait donc lieu et un accord était conclu entre les deux parties, parfois avec un tiers qui jouait le rôle d'arbitre, le tout s'achevant souvent par une amende. Il arrivait que les sanctions soient beaucoup plus lourdes, en fonction de la nature de l'infraction.

Pour un viking, la pire des peines était la mise hors la loi. Ceux qui étaient bannis temporairement, pour trois ans, pouvaient ensuite récupérer leurs maisons et leurs biens. Mais, pour les vikings, être bannis à vie déshonoré et perdre toute richesse matérielle était très difficile à vivre.

Par ailleurs, traquer et tuer un hors la loi n'étant pas considéré comme un crime, beaucoup choisissait de s'enfuir pour échapper à un tel sort. Cela valait mieux que de rester dans la communauté et risquer mourir, victime de l'ambition de certains qui cherchaient a gagner en statut social.

Le duel était un autre moyen, peu équitable, de résoudre les différents. Pour les vikings, les dieux favorisaient les justes, l'issue du combat était donc perçue comme justice rendue. Dans les faits, elle dépendait évidemment de l'habileté de ceux qui y prenaient part et le combat pouvait être très inégal. Toutefois l'une des parties avait la possibilité de designer un remplaçant ou un champion qui se battrait en son nom afin de faire basculer le combat en sa faveur. Quoi qu'il en soit, aux yeux des dieux, c'était toujours le vainqueur qui avait raison et le moyen justifiait la fin.

Le choix des sanction, qui pouvait aller de la simple amende à la peine capitale en fonction des infractions commises, était très différents de ce que nous connaissons aujourd'hui. Assumer la responsabilité de ses actes était considéré comme essentiel. Si vous aviez fait quelque chose de mal, vous deviez l'avouer et ensuite vous pouviez assurer votre défense au "thing", façon honorable de régler l'affaire.

Vous pouviez même vous en sortir en toute impunité: tant que cela était fait au grand jour et que vous ne vous étiez pas enfui, la peine était moins sévère. Vers l'an 982, Erik le rouge tua deux hommes à Drangar, en Islande. Il ne s'enfuit pas et fût envoyé en exil pendant trois ans - ce qui lui fût profitable puisqu'il découvrit le Groenland à cette occasion.!

Le vol était, par contre, considéré comme un crime parce que cela ne pouvait être réalisé que de façon dissimulée. Au 11ème siècle Grettir le fort, échappa de peu à la pendaison pour avoir volé deux moutons alors qu'il était hors la loi et mourait de faim. Cette méthode d'exécution était très rare et considérée comme particulièrement honteuse.

La calomnie pouvait aussi entrainer la peine de mort. Par ailleurs, d'après la loi viking, les insultes suggérant qu'un tel était peu viril ou  efféminé donnaient à un guerrier le droit de provoquer l'autre en duel.

La loi viking (ni d'ailleurs, des siècles plus tard, l'Angleterre Elisabéthaine) ne considérait manifestement pas la piraterie contre les étrangers comme un crime. toutefois, les raids vikings finirent par céder la place à des colonies à travers l'Europe du début du moyen Age. Les Norvégiens s'installèrent en Ecosse, en Irlande et en Islande, les Suédois en Russie, dans la baltique et en Europe de l'est, les Danois en Angleterre et en France.

L'essor des colonies vikings s'accompagna du développement de leur système juridique. En effet il existe des preuves archéologiques de Things sur l'ile de Man, sur les iles Féroé , en Ecosse et au-delà.

A la même époque en grande bretagne, le danelaw correspondait à une zone géographique ou s'appliquaient les lois (laws) des Danois (Dane). Sur de nombreux aspects, il posa les bases du droit moderne Anglais. Loin d'être oppressées et asservies, les régions anglaises sous domination viking continuèrent de prospérer. Et rien ne prouve que le Danelaw fut moins respectueux des lois que son voisin le Wessex. En réalité l'héritage qu'a laissé la justice viking perdure encore aujourd'hui, le mot Anglais "law" (droit ou loi) vient d'ailleurs directement du vieux norrois. Le thing était un système de maintien de l'ordre qui avait ses défauts: il n'empêchait pas la corruption des ses membres et était bien trop dépendant de la croyance inébranlable en la volonté des dieux. Mais, démocratique, il donnait la parole aux hommes et accordait une place centrale à l'honneur et à l'équité. C'est la force de ces valeurs qui permit aux vikings d'étendre leur influence dans des pays lointains et de transmettre leur héritage à travers les siècles, jusqu'à nos jours.

 

← Article précédent Article suivant →


Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant leur publication.