Les "fermes temples", lieu de culte en Islande?

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Les "fermes temples", lieu de culte en Islande?

Des observateurs contemporains aux archéologues en passant par les poètes romantiques et les antiquaires, les lieux de culte de l'Islande ancienne ont été interprété de différentes manières. Faut-il considérer la maison longue comme un lieu de culte ou comme une maison sacrificiel ? Petit État de la question
Les saga islandaise fournissent de nombreux témoignages sur les "temples païens". S'agit-il d'un miroir fidèle décrivant le fonctionnement de ces lieux de culte à l'époque des Vikings ou bien d'un témoignage expliquant la réalité contemporaine de ses auteurs, principalement dans l'Islande du 13e siècle ? Les érudits de la période romantique ont beaucoup écrit sur l'existence des lieux de culte des anciens scandinaves. on pensait qu'ils avaient adorer dans un premier temps leur divinité dans la nature et que les lieux de culte étaient inscrits dans le paysage: lieu sacrés, lieux dédiés aux dieux, lacs, bois, champs, îlots, etc. Ensuite, ils auraient érigé des bâtiments pour honorer leurs dieux, avec un autel de pierre ou de bois sur lequel étaient disposés des idoles taillées dans du bois. L'anneau d'argent dédié aux serments trônait fièrement sur l'autel, tout comme la coupe pour le sacrifice, généralement en cuivre. Les sources établissent une distinction entre le "temple païen", construit en bois, le "lieu d adoration" ou encore le "Cairn sacrificiel", qui étaient constitués principalement d'un autel en pierre, et l'espace sacré en plein air commun au peuple germanique.
En Islande, lieu où ces récits ont été composés durant la période médiévale, les conclusions concernant les rituels païens et l'existence de temples ont beaucoup changé depuis environ 150 ans. Aujourd'hui, l'image du temple comme un bâtiment à part, que nous connaissons parler saga et qui est défendu par des archéologues islandais de la première heure est passé de mode. Le hof ne désigne plus un temple mais la grand-salle d'un bâtiment d'habitation de l'époque viking, dans laquelle pouvait se dérouler des rituels comme la libation ou d'autres sacrifice.
Ainsi, l'archéologie récente a poursuivi dans la direction des "fermes temples" proposé par l'archéologue danois Olaf Olsen et deux hypothèses, qui ne s'excluent pas forcément, permettent d'appréhender le caractère sacré des grandes fermes de l'Islande ancienne.

Langhus ou blothus?

La première hypothèse, en droite ligne des travaux d'Olsen, considère qu'une partie de la maison longue scandinave était consacrée aux pratiques sacrificielles, comme le festin et la libation. Ainsi, l'absence de bâtiment séparé et monumentale nommé "temple" (hof) dans les sources norroise s'expliquerait par l'appartenance de la partie cultuelle à la maison longue ; elle aurait été située plus particulièrement au sein de la Hall, qui servait notamment à cet usage. Le substantif féminin hall, qui peut se traduire en français par "halle" ou grand-salle, faire référence à la partie principale de la maison longue des anciens scandinaves.
La seconde hypothèse, assez novatrice et original, concerne toujours les bâtiments de la ferme islandaise mais propose de réinterpréter le rôle d'un bâtiment en particulier, l'habitation semi souterraine ou la maison 'semi excavé", comme étant une "maison sacrificiel". Cette hypothèse se démarque des interprétations traditionnelles de ce bâtiment, qui était considéré comme un habitat temporaire, un habitat de Colons d'origine slave ou celte, un sauna ou un bâtiment abritant un atelier, par exemple un atelier occupé par des femmes et dédié à la production de textile. Cette théorie laisserait le champ libre à l'interprétation de la transition du culte au sein d'un bâtiment spécifique.

Relire les sagas dans leur contexte

L'eyrbyggja saga relate un épisode de prise de possession du sol dans la région du Breidqfjordur, à l'ouest de l'Islande, se déroulant à la fin du 9e siècle. On y apprend que le colon norvégien Porolfr Mostrarskegg "établi une grande ferme à Hofsvagur, qu'il appela Hofstadir . Là il érigea un temple et c'était un grand édifice". Il s'agit là d'un bel exemple ou la toponymie renseigne sur les sites d'anciens temples puisque ces noms de lieux sont construits à partir de deux éléments dont le premier, en hof -, renverrait à l'usage cultuel du bâtiment. Plus loin dans cette même saga, on apprend que "tous les hommes devaient payer un impôt au temple et accompagner le chef du Temple à toutes les assemblées, comme le font maintenant les hommes d'assemblée pour leur chef, mais le chef devait entretenir le temple à ses frais, de sorte à ce qu'il ne se délabre pas, et y organiser les banquets sacrificiels". Les "chefs du Temple", nous dit on, devaient recevoir un impôt du temple versé par les membres de la zone d'assemblée:: " Chaque homme devait verser un impôt, similaire à la dîme ecclésiastique d'aujourd'hui". Les auteurs tente d'expliquer cette coutume païenne en la transposant dans un contexte chrétien et, pour eux, l'impôt du temple correspond à la dîme (instaurer en 1096 en Islande).  Olaf Olsen à émis plusieurs mise en garde sur l'existence réelle de cet impôts du Temple, en soulignant que toutes ces sources ont été rédigées à une époque où la dîme était perçue en Islande. La dîme aurait influencé les auteurs des sagas, tant sur la pratique d'un impôt païen que sur l'existence de bâtiments de culte séparés, à l'instar des églises.
Les récits médiévaux décrivant les lieux de culte de la Scandinavie ancienne doivent être replacés dans leur époque de rédaction. L'archéologie fournit un témoignage complémentaire et parfois dissonant sur l'importance et la nature des lieux de culte de l'époque païenne et de la période de christianisation.

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