L'eschatologie nordique, bouleversement de l'environnement

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L'eschatologie nordique, bouleversement de l'environnement

Les anciens scandinaves s'attendaient à une fin inexorable et cataclysmique du monde: un jour les géants, incarnant le chaos, afflueront, détruisant tout sur leur passage, hommes, dieux et la terre entière. Ce moment ultime sera précédé d'une détérioration sociale et climatique.

"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles" a écrit le poète Paul Valery au lendemain de la première guerre mondiale. Mais bien avant que soit énoncée cette phrase restée célèbre, nombreux sont les peuples qui se sont interrogés sur les origines et le devenir du monde, persuadés qu'il prendrait fin un jour. On peut que répondre à ces question est l'une des fonctions fondamentales des religions et des mythes. Plusieurs textes, notamment poétique, évoquent cette fin dramatique que leurs auteurs nommaient Ragnarok. On ignore si ce mot était en usage parmi les autres peuples germanique, mais ils possédaient en commun le même vocable pour designer le monde. Le norrois Verold exprime avant tout une dimension temporelle puisque ce composé signifie littéralement "l'Age de l'homme". L'Anglais word et l'Allemand welt partagent la même étymologie impliquant l'idée que le monde dans lequel nous vivons est temporaire et qu'il a été précédé et sera suivi par d'autres.

D'une certaine manière, la disparition de notre environnement est présente dès le départ. La description que fait Snorri Sturlusson de l'arbre cosmique Yggdrasil nous laisse entrevoir un univers grouillant de vie mais en proie à des forces hostiles: il est rogné à sa racine par un dragon, Nidhogg ("celui qui frappe en bas ou avec méchanceté"), qui, selon l'un des poèmes les plus célèbres de l'Edda, la Voluspa ou "prédiction de la voyante" sera l'un des protagoniste du Ragnarok. Il échange des propos haineux avec l'aigle qui trône à la cime de l'arbre, transmis par un écureuil qui fait des allers -retours! Quant aux branches d'Yggdrasil, elles sont entamées par quatre cerfs qui en broutent les pousses.

Les signes de la fin

 A proximité de l'une des racines se trouve le dieu Heimdall, que Snorri Sturluson appelle la sentinelle des dieux car il garde le pont Bifröst (l'arc en ciel) qui mène chez les Ases, contre les géants du givre. C'est lui qui donnera l'alerte lors de l'assaut final, en soufflant dans sa corne. C'est encore au pied d'Yggdrasil que vivent les Nornes, liées au destin, qui arrosent l'arbre de la boue régénératrice de leur source. Cette image cosmologique, puisque Yggdrasil relie les différents mondes dont il forme une sorte d'axe vertical, donne l'impression d'un équilibre permanent mais précaire.

Mais si le monde manifeste d'emblé sa fragilité et sa finitude, ce sont des signes bien particuliers  qui annonceront la rupture de l'équilibre qui lui permettait de se maintenir. Ces signes avant coureurs sont de nature à la fois morale et climatique. Dans le récit de Snorri Sturluson les choses débutent avec le meurtre de Baldr, le dieu lumineux et bon, fomenté par Loki: les dieux le capturent et l'enchainent dans une caverne, attaché sur des pierres que surplombe un serpent dont le venin goutte sur son visage. Heureusement pour lui, Sigyn, sa femme, se tient à ses cotés, recueillant les gouttes du poison dans un récipient. Mais lorsque ce derneir est rempli et qu'elle doit aller le vider, les gouttes du venin  qui s'écoulent sur le visage de Loki le font se convulser si violemment que la terre en tremble entièrement. C'est ainsi que surviennent les tremblements de terre. Ce supplice durera jusqu'à la fin des temps. Celle-ci est amorcée par l'arrivée d'un grand hiver qui durera trois ans. Le monde sera balayé par des vents glacés sans que paraisse le soleil. Une époque de violence prendra place, comme le décrit avec éloquence une strophe de la Voluspa citée et paraphrasée par Snorri Sturluson:

"Les frères se combattront et s'entretueront, 

Les cousins bafoueront les liens du sang,

Il y aura grand troubles parmi les hommes

Grande débauche

Temps de la hache , temps de l'épée,

Les boucliers seront fendus

temps de tempête, temps du loup, 

Avant que s'effondre le monde 

Nul homme n'épargnera son prochain."

Odin dévoré

Un moment de violence et de décadence, ou le respect des lois et de l'ordre social, si important dans cet univers, sera foulé aux pieds, avant l'invasion des forces du désordre et du mal. Un loup avalera le soleil, un autre, la lune. La terre entière tremblera, les arbres seront déracinés et les montagnes s'effondreront. Chaines et liens se rompront, écrit Snorri Sturluson, si bien que le loup Fenrir sera libéré et que le serpent de Midgard gagnera le rivage, provoquant un raz de marée. Arriveront également les géants, Loki, le peuple de Hel, la déesse des enfers, ainsi que Surt, le géant du feu qui embrasera tout l'univers.

Mais auparavant cette troupe hostile aura combattu les dieux sur le champ de bataille: Odin est dévoré par Fenrir, mais l'un de ses fils, Vidar, posant le pied sur la mâchoire inférieur de la bête lui arrache la gueule et le tue. Thor réussit à venir à bout  du serpent,  mais tombe sous l'effet du venin craché par le monstre. Heimdall et Loki s'entretue. Quant à Freyr, il combat contre Surt, le géant du feu, mais comme il n'a plus son épée "qui combat d'elle même", car il en a jadis fait cadeau à son serviteur, il meurt lui aussi. Yggdrasil tremble mais ne semble pas céder et la terre est engloutie par les flots.

Si, dans les récits qui nous sont parvenus, les dieux sortent généralement vainqueurs des conflits qui les opposent des géants, ce n'est plus le cas lors de la bataille finale au cours de laquelle les deux camps ennemis s'annihilent mutuellement, mettant ainsi un terme à ce monde imparfait et corrompu les meurtres, les parjures et autres manquements à l'ordre social dont les mythes se font volontiers l'écho!

 

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