Prêtres et prêtresses du temple selon les sagas

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Prêtres et prêtresses du temple selon les sagas

Les sagas nous renseignent-t-elle sur les prêtres et les prêtresses du paganisme du Nord ancien, qu'elles mettent en scène, ou bien sur la société christianisée de l'Islande médiévale et son idéologie ?

Les sagas présentent parfois des personnages identifiés comme des prêtres ou des prêtresses du temple veillant à la pratique du sacrifice au sein de ce bâtiment qui, comme nous l'avons vu, demeure controversé chez les chercheurs. Le substantif masculin Hofgodi et son pendant féminin Hofgydja sont construits à partir des termes Hof et Godi, ou "chef"semble avoir été une spécificité de l'organisation sociopolitique de l'île boréale. Il désigne un chef local doté de fonctions législatives et administratives. Les premiers Godar islandais étaient bien souvent choisis parmi les puissants colons qui s'installèrent sur l'île entre 870 et 930. Si l'essentiel de la production historique du 20e siècle se montre fort critique quant à l'aspect sacré de la charge de Godi dans l'Islande ancienne, certains estiment que le composé Hofgodi témoignerait d'une origine sacerdotale attachée à la charge de Godi. Ainsi, l'emploi du composé Hofgodi correspondrait à une charge culturelle qui ferait défaut à celle du Godi, chef séculaire de l'Islande ancienne.

Une saga des Islandais inédite en français, la kjalnedinga saga, fournit des informations sur un temple et le chef/prêtre qui le dirige au début du .Xe siècle. On y apprend en effet qu'au printemps, Porgrimr construisit une demeure à Hof. Elle devient rapidement très célèbre puisqu'elle abritait beaucoup d'amis et de parents. Il devint puissant dans la région et son autorité s'étendait jusqu'à Nyjahraun (...) On l'appelait Porgrimr le chef (Godi). Il était un grand sacrificateur et il fit ériger un grand temple sur sa prairie, d'une centaine de pieds de long et de 60 de large. Tout le monde devait payer un impôt du temple, Porr y était le plus vénéré.

Comme dans les deux articles précédents nous retrouvons dans ce témoignage le lieu de culte décrit comme un temple, mais aussi l'autorité territoriale et circulaire du chef qui se confond avec l'autorité spirituel du prêtre du Temple, et enfin l'impôt religieux que les clercs médiévaux associent à la dîme de la période chrétienne

Un passé païen en repoussoir

Le personnage de la "prêtresse", quoique plus rare par rapport au Hofgodi, apparaît principalement dans le genre des saga légendaires. La prêtresse apparaît dans un schéma de position entre une femme païenne es un homme chrétien (souvent un missionnaire, par exemple l'évêque Pangbrandr qui convertit l'Islande), qui dépeignent leurs religions respectives et l'idéologie qui en découle. Dans la de ton Vapnfirdinga saga, une saga des Islandais se déroulant à l'est de l'île, la prêtresse Steinvor officie au sein du “temple principal" de cette région. Tout comme dans les sagas légendaires, la traîtresse est mise en lumière dans la narration pour se plaindre d'un personnage masculin et chrétien, Porleifr " le chrétien".

Les sagas, rédigées environ 200 ans après la pénétration du christianisme chez les Islandais, contiennent plusieurs éléments qui semblent anachroniques et qui correspondent plus au temps de la rédaction qu'au temps de l'action. La description du passé païen de la Scandinavie ancienne n'échappe pas à ce modèle et est altérée par l'idéologie chrétienne des auteurs. Les prêtres du temple semblent plus correspondre aux chefs propriétaires d'églises qui s'opposent aux élites religieuses durant l'Islande des 12e et 13e. L'impôt du temple fait étrangement écho à la dîme ecclésiastique, dans l'introduction en l'an 1100 constitue un événement majeur de l'histoire islandaise. La description des prêtresses en opposition avec des missionnaires chrétiens permet de porter le message du christianisme, notamment à travers la vertu de la charité.

 

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