Alfred le grand face aux vikings

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Alfred le grand face aux vikings

Voici comment un homme vaincu et fugitif devint l'un des rois les plus illustres de l'histoire de l'Angleterre.

L'orage et la pluie s'abattaient sur les landes marécageuses du Wessex. Un éclair illumina le ciel avant que cette terre de désolation ne soit plongée à nouveau dans la pénombre. Alfred chancela lorsqu'il courut, hors d'haleine, à travers les plaines, accompagnées d'une poignée d'hommes qui avaient le teint pâle grelottaient et étaient trempés jusqu'aux os.

"Nous devons trouver un refuge". A peine ces mots étaient-ils sortis de la bouche d'Alfred que son pied se prit dans une racine et qu'il tomba dans la boue. "Votre majesté". Son compagnon lui offrit de l'aide mais Alfred refusa et se releva tout seul. Debout et à bout de forces, il jeta un regard en direction de cette qui autrefois était la sienne. Les villes du Wessex n'étaient plus qu'une lueur à l'horizon, mais c'était là-bas qu'il avait grandit, était devenu un homme, avait tué son premier sanglier et élevé ses enfants. Maintenant, tout cela était entre les mains de ses ennemis. Il était trahi par ceux qu'ils pensaient loyaux et est déchu de sa couronne.

Alfred n'était pas né pour être roi, il souffrait d'une maladie qui le suivit toute sa vie et était le cinquième fils de son père. Il semblait destiné à une vie d'étude et de prière. Il était plus doux et plus réfléchi que ses frères turbulents.

Depuis l'attaque du monastère de Lindisfarne en 793, les vikings avaient pillé l'Angleterre sans relâche. En 865, une immense armée accosta avec sa flotte de navires. Les attaques précédentes étaient des raids rapides mais ces guerriers ne comptaient pas rester la:  maintenant ils voulaient conquérir de nouveaux territoires.

Cette attaque arrivait à un moment peu propice pour le royaume de Wessex. Le père d'Alfred venait de mourir après 20 ans de règne. Le trône fut transmis à ses deux fils ainés, qui moururent rapidement. Et en 865, c'est le grand frère d'Alfred, Aethelred, qui monta sur le trône. En 866, l'armée viking avança. Au moins 1000 soldats robustes massacrèrent tous ceux qu'ils trouvèrent sur leur chemin, renversant toutes les nations qui leur faisaient face. L'Est-Anglie, la Northrumbrie et même la Mercie, la contrée située au nord du Wessex, plièrent sous le joug viking. Les rois qui essayaient de se débarrasser des envahisseurs en leur donnant de l'or, comme Edmond 1er, le roi d'Est-Anglie, se retrouvaient plus tard la cible de rapides et brutales conquêtes vikings. Bientôt, le royaume de Wessex, qui avait été épargné par les pillards vikings jusque la, fut exposé. Les vikings prirent Reading (dans le Berkshire) l'hiver 870 mais rencontrèrent davantage de difficultés à Englelfield ou ils furent vaincus, contre toute attente par une toute petite troupe de soldats anglais. A l'annonce de ce triomphe, le roi et son frère décidèrent de tout faire pour arrêter l'avancée des pillards.

Malgré leur ténacité, tout ne passa pas comme prévu pour les deux frères. Lorsque les portes de la forteresse s'ouvrirent, une vague de vikings assoiffés de sang se déversa sur les soldats du Wessex. Les Anglais fuirent pour rester en vie.

Pour les vikings, la victoire était un encouragement dont ils avaient besoin. Après la prise du Wessex et la soumission du reste de l'Angleterre, ils prirent d'assaut le centre de la région.

Les pillards dépassaient considérablement en nombre et en puissance les forces du Wessex, qui ne pouvaient que regarder, impuissants, les vikings se rapprocher de leur capitale. Alfred prit part aux combats aux côtés de son frère et tenta de libérer la Merci des redoutables Danois, sans succès, les Anglo-Saxons opposèrent une courageuse résistance. Malgré cela, le champ de bataille se transforma en scène de massacres et le Aethlred reçut une plaie mortelle. Sa mort fut suivie de l'arrivée d'une nouvelle flotte viking. Le roi avaient des fils mais ils étaient jeunes, il fut donc décidé que son jeune frère règnerait.

Alfred monta sur le trône en 871, à seulement 22 ans. L'armée continuait son avancée et remporta une nouvelle bataille à Wilton. Alfred savait qu'il était largement dépassé par les vikings. Il avait eut du mal à réunir des soldats alors que les vikings comptaient dans leurs rangs de nombreux guerriers assoiffés de conquêtes et de richesses.

Les troupes se placèrent en face de ces puissants ennemis. Bénéficiant peut être de cette motivation que seuls les soldats qui défendent leur pays ressentent, l'armée du Wessex parvint a garder le contrôle de la situation:  ils firent de leur infériorité numérique une force, trouvèrent la volonté et détruisirent le mur de défense de leurs ennemis. En toute incrédulité, Alfred regarda les Danois s'enfuir, et ses hommes célébrèrent la victoire avec lui.

Mais le jeune Alfred commit une erreur cruciale: il avait échoué à prendre l'avantage de sa victoire en pressant la victoire des vikings, qui étaient maintenant réunis et préparaient une contre-attaque. Ils fondirent sur leur proie qui ne suspectait pas une attaque immédiate et la victoire anglaise tourna au massacre. A leur tour, les soldats du Wessex s'enfuir. 

Pour Alfred , cette défaite fut la plus difficile. Son armée, ou ce qu'il en restait du moins, était en miettes. Cependant, il ne se doutait pas que l'endurance des vikings commençait à faiblir. Aucun autre royaume n'avait autant combattu l'ennemi que celui du Wessex et bien qu'il aient gagné de nombreuses batailles, les vikings avaient souffert de nombreuses pertes humaines. Alfred signa finalement une trêve avec les vikings. Il leur donna un lourd tribu et pendant de nombreuses années, les Danois partirent guerroyer ailleurs.

Mais en 876, Alfred du faire face à un nouvel ennemi, le roi viking Guthrum. Celui-ci rompit la trêve et lança une attaque contre la ville de Wareham. L'arrivée de plus de cent navires vikings indiquait que leurs relations étaient tout sauf amicales. Avec son armée renforcée, Guthrum se dirigea droit vers le bourg fortifié de Chippenham avec un objectif clair. Il ne voulait pas piller ou gagner une bataille. Il voulait gagner le Wessex. Guthrum planifia parfaitement son attaque. Au milieu de l'hiver, après la "douzième nuits", la ville accueillait les festivités. Tout le monde était la , du roi au paysan et, pendant cette période sacrée, les défenses de Chippenham étaient exposées.. Guthrum en profita et la cité fut envahie par les vikings. Alfred n'eut pas le temps de réunir des soldat et fut forcé de fuir avec sa famille vers Withshire. Il n'y avait plus de roi du Wessex et Alfred s'enfuit dans la pénombre à travers les marécages dans le Somerset.

C'était plus qu'une humiliation pour un roi: Alfred ne s'était jamais senti plus bas. Sa richesse perdue comptait peu pour lui, mais il avait perdu ses loyaux compagnons. Et il se sentait désormais seul. Dans un monde ou la loyauté et la fidélité étaient placées au dessus de tout, il devenait un fugitif à la suite de retournements de situation et de brutales trahisons.

Alfred aurait pu facilement succomber au désespoir. Mais il retourna au combat. Avec un petit groupe de soldats, il construisit un camp secret sur les terres d'Arthelney et prépara se revanche contre les envahisseurs. Pendant des mois, Alfred et ses hommes affrontèrent les danois, prenant d'assaut leurs campements et découvrant les faiblesses de leurs ennemis. Alfred espérait montrer à son peuple qu'il ne l'avait pas abandonné.

Le récit des exploits d'Alfred se répandit rapidement dans la population. Lentement mais surement, un réseau secret de communication entre le roi fugitif et ses sujets fidèles s'établit. Pour Guthrum, les attaques d'Alfred et de ses soldats constituaient les ultimes résistants du Wessex et il voulait s'en débarrasser une fois pour toutes. En avril, Alfred était prêt pour le combat: il réunit secrètement une armée de mille hommes et se dirigea vers la forteresse de Chippenham ou se trouvait Guthrum. Celui-ci apprit l'existence de cette armée, réunit la sienne et vint intercepter Alfred. Le temps des arrangements financier et des promesses de paix était révolu. Les richesses que pouvait lui offrir Alfred importaient peu à Guthrum: il voulait régner sans partage. Et Alfred désirait exactement la même chose. En Mai 878, l'heure de la confrontation était arrivée. Arrivant à Chippenham, Alfred avait son ennemi à portée de vue. Il exhorta ses hommes a rassembler leur courage, condamna ceux qui tenterai de s'enfuir et promit la gloire à ceux qui resteraient combattre. Puis il prit place au milieu des soldats et avança vers le rempart défensif de boucliers danois.

Le ciel se noircit de lances, les hommes étaient touchés tombaient mais les murs de soldats continuaient d'avancer. Les deux armées se faisaient désormais face, et les vikings avaient une dernière carte à jouer: ils lâchèrent sur leurs ennemis les berserkers, ces "guerriers fauves" qui combattaient dans une sorte d'état de transe et de fureur. Ils s'abattirent sur un mur de défense Anglais, mais l'effet ne fut pas celui que Guthrum espérait: les Anglais tenaient bon.

Ceux-ci étaient plus fort qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant. Les lances étaient tirées dans tous les sens, cherchant un point faible chez l'ennemi et forçant le mur de soldats à s'ouvrir. La bataille dura toute la journée, le sol était jonché de cadavres et les survivants étaient paralysés de fatigue. Ils avaient menés un combat d'endurance, alors qu'initialement cette bataille aurait du mettre en valeur la force des soldats. Quand les forces sont égales de chaque coté, seule la motivation des hommes mènent à la victoire. Et les vikings avaient fait preuve d'une moindre volonté. La raison était bien simple: les hommes du Wessex accordaient beaucoup plus d'importance à leur terre que les envahisseurs.

Finalement , le mur viking fut brisé. Le chaos régna dans les rangs vikings et leurs hommes, désespérés s'enfuir. Alfred ne fit pas l'erreur qui lui avait couté si cher la première fois, et chargea, à la poursuite des vikings qui battaient retraite: les boucliers saxons étaient désormais rouges de sang viking. Guthrum et ses hommes parvinrent à se refugier à Chippenham. Alfred positionna ses soldats à l'extérieur de la ville et priva les vikings de toute nourriture. Après 14 jours de siège Guthrum et ses hommes, affamés, épuisés, cédèrent et promirent de quitter le royaume. Un chef viking n'avait jamais proposé un tel marché à un roi anglais. Certains y auraient vu un signe de désespoir mais Alfred, bien que guerrier, n'était pas une brute. Il posa une condition: que Guthrum soit baptisé et se convertisse au christianisme. Le chef viking accepta: il aurait fait n'importe quoi pour quitter le royaume de Wessex et son maudit roi. Cette fois-ci, la victoire d'Alfred était totale et décisive.

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